A Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron
Monsieur le Président,
Nous
vous écrivons en tant qu’environnementalistes, écologistes et
climatologues pour vous féliciter de votre victoire dans l’élection
présidentielle et pour applaudir votre politique en faveur d’une taxe
carbone. Personne n’a autant fait que la France pour diffuser une
énergie propre sur un réseau électrique. Sachant cela, nous vous
écrivons également pour vous faire part de notre inquiétude devant votre
décision d’éloigner la France d’une production nucléaire propre.
Peu
de pays ont fait plus que la France pour démontrer les bénéfices
humanitaires et environnementaux obtenus par la création d’une société
fortement dotée d’électricité nucléaire. Non seulement la France a été
l’hôte de conférences sur le climat des Nations Unies, elle est aussi un
des pays développés dont les émissions de dioxyde de carbone par
habitant sont les plus faibles.
Toute réduction de la production
nucléaire en France aura pour effet d’augmenter la production
d’électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu
des faibles facteurs de charge et de l’intermittence du solaire et de
l’éolien. L’Allemagne en est l’illustration parfaite. Ses émissions
n’ont pratiquement pas changé depuis 2009 et ont, en fait, augmenté tant
en 2015 qu’en 2016, à cause des fermetures de centrales nucléaires. En
dépit d’une augmentation de la puissance installée solaire de 4%, et de
celle de l’éolien de 11%, la production de ces deux sources a baissé de 3 et 2% respectivement du fait qu’il y a eu moins de soleil et de vent en 2016 qu’en 2015.
Et
là où la France a une électricité parmi les moins chères et les plus
propres d’Europe, celle de l’Allemagne est une des plus chères et plus
sales. L’ Allemagne a dépensé près de 24 milliards € de plus que le prix de marché en 2016 pour ses seuls prix garantis d’achat des renouvelables mais ses émissions ont stagné. Il est à prévoir que l’Allemagne n’atteindra pas ses objectifs de réduction d’émissions de 2020, et de loin.
Malgré des investissements énormes dans les renouvelables, seulement
46% de l’électricité allemande sont issus de sources d’énergie propre, à
comparer aux 93% de la France.
Le solaire et l’éolien peuvent
jouer un rôle important en France. Cependant, si la France devait
investir dans le solaire et l’éolien de façon comparable à l’Allemagne,
il faudrait s’assurer que ces investissements augmentent la part
d’énergie propre de la France et ne la diminuent pas malencontreusement.
Les renouvelables peuvent contribuer à une électrification plus poussée
des transports, celle-ci étant déjà bien entamée avec le réseau ferré
mais pouvant être poursuivie avec les véhicules individuels.
Un
remplacement du nucléaire par des combustibles fossiles et des
renouvelables nuirait considérablement à l’économie française de trois
façons : augmentation des prix de l’électricité pour les ménages et
l’industrie, la fin des exportations lucratives d’électricité et –
peut-être le plus important – la destruction de la filière nucléaire
française à l’export. Si le parc nucléaire français est contraint de
fonctionner avec un facteur de charge réduit, la filière nucléaire
française en sera paralysée par une augmentation de ses coûts et une
réduction de ses revenus. A terme, cela conduira à des niveaux de sûreté
inférieurs et à une réduction des possibilités de financement de la
recherche, du développement, ainsi que des efforts pour l’exportation
des technologies nucléaires françaises. Les pays qui cherchent à
construire de nouvelles centrales nucléaires veulent, avec raison,
savoir que le produit que la France leur vend est un produit dont la
France elle-même profite.
Le programme nucléaire français a, par
le passé, été l’objet d’admiration dans le monde. La France a fait la
preuve, dans les années 1970 et 1980 qu’il est de fait possible pour un
pays industrialisé de décarboner son secteur électrique. Pour la France,
la prochaine étape, nécessaire afin de contribuer à la lutte contre le
changement climatique et pour l’amélioration de la qualité de l’air, est
d’augmenter sa production d’électricité propre à partir de toutes les
sources non-fossiles et de réduire massivement l’utilisation des
combustibles fossiles dans les secteurs du chauffage et des transports.
L’électricité nucléaire devra y jouer un rôle central.
Signataires :
James Hansen, Climate Science, Awareness, and Solutions Program, Columbia University, Earth Institute, Columbia University
Kerry Emanuel, Professor of Atmospheric Science, Massachusetts Institute of Technology
Robert Coward, President, American Nuclear Society
Andrew Klein, Immediate Past President, American Nuclear Society
Steven Pinker, Harvard University, author of Better Angels of Our Nature
Richard Rhodes, Pulitzer Prize recipient, author of Nuclear Renewal et The Making of the Atomic Bomb
Robert Stone, filmmaker, “Pandora’s Promise”
Pascale Braconnot, Climate Scientist, IPSL/LSCE, lead author for the IPCC Fourth Assessment Report and Fifth Assessment Report
Francois-Marie Breon, Climate Researcher, IPSL/LSCE, lead author for the IPCC Fifth Assessment Report
Ben Britton, Ph.D, Deputy Director of the Centre for Nuclear Engineering, Imperial College London
Claude Jeandron, President, Sauvons le climat
John Laurie, Founder and Executive Director, Fission Liquide
James Orr, Climate Scientist, IPSL/LSCE
Didier Paillard, Climate Scientist, IPSL/LSCE
Didier Roche, Climate Scientist, IPSL/LSCE
Myrto Tripathi, Advisor to the president, Académie de l’eau
John
Asafu-Adjaye, PhD, Senior Fellow, Institute of Economic Affairs, Ghana,
Associate Professor of Economics, The University of Queensland,
Australie
M J Bluck PhD, Director, Centre for Nuclear Engineering, Imperial College London
Bruno Comby, President, Environmentalists for Nuclear Energy
Gwyneth Cravens, author of Power to Save the World
Wolfgang Denk, European Director, Energy for Humanity
David Dudgeon, Chair of Ecology & Biodiversity, School of Biological Sciences, The University of Hong Kong, China
Erle C. Ellis, Ph.D, Professor, Geography & Environmental Systems, University of Maryland
Christopher Foreman, author of The Promise & Peril of Environmental Justice, School of Public Policy, University of Maryland
Martin
Freer, Professor, Head of Physics and Astronomy, University of
Birmingham, Director of the Birmingham Energy Institute (BEI)
Kirsty Gogan, Executive Director, Energy for Humanity
Joshua S. Goldstein, Prof. Emeritus of International Relations, American University
Malcolm Grimston, author of The Paralysis in Energy Decision Making, Honorary Research Fellow, Imperial College London
Mel Guymon, Guymon Family Foundation
Steven Hayward, Senior Resident Scholar, Institute of Governmental Studies, UC Berkeley
Joe Lassiter, Professor, Harvard Business School
John Lavine, Professor and Medill Dean Emeritus, Northwestern University
Martin Lewis, Department of Geography, Stanford University
Mark Lynas, author, The God Species, Six Degrees
Michelle Marvier, Professor, Environmental Studies and Sciences, Santa Clara University
Alan Medsker, Coordinator, Environmental Progress – Illinois
Elizabeth Muller, Founder and Executive Director, Berkeley Earth
Richard Muller, Professor of Physics, UC Berkeley, Co-Founder, Berkeley Earth
Rauli Partanen, Energy Writer, author of The World After Cheap Oil
Peter H. Raven, President Emeritus, Missouri Botanical Garden. Winner of the National Medal of Science, 2001
Paul Robbins, Director, Nelson Institute for Environmental Studies, University of Wisconsin Madison
Michael Shellenberger, President, Environmental Progress
Samir Saran, Vice President, Observer Research Foundation, Delhi, India
Jeff Terry, Professor of Physics, Illinois Institute of Technology
Barrett Walker, Alex C. Walker Foundation
Tim Yeo, Chair, New Nuclear Watch Europe; former Chair, Energy and Climate Change Parliamentary Select Committee